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Illustration de notre thème par un article de circonstance des Echos du jour.

Comment peut on imaginer que Mr Sarkozy dénoncera, en tant que (futur?)président de l'UMP les propos qu'il tenait en tant que ministre un brin démagogue? Ce serait le prix à payer pour la rénovation du débat d'idées dont il se fait le chantre! En aura t il le courage ou le talent? Bernard Ochs

Délocalisations : Sarkozy se trompe de combat- Les Echos- 28 septembre 2004


L'ANALYSE DE CATHERINE CHATIGNOUX

Nicolas Sarkozy a enfourché ces derniers mois un nouveau cheval de bataille : les délocalisations. Comme il ne fait jamais rien à moitié, il s'est attaqué à ce phénomène de manière frontale et sans nuance : il le juge dévastateur pour l'emploi et estime qu'il va en s'aggravant. Pour lui, les délocalisations jouent aujourd'hui dans l'opinion publique le même rôle que l'insécurité avant la présidentielle de 2002 : un révélateur du malaise profond de l'opinion publique qu'il faut tenter de désamorcer avant qu'il ne pèse sur les échéances électorales. Par effet de mode ou par commodité, il s'en prend prioritairement aux pays d'Europe de l'Est qui viennent de rejoindre l'Union, les accusant de concurrence fiscale et sociale déloyale. Et menace de leur supprimer les aides communautaires s'ils ne relèvent pas le niveau de l'impôt sur les sociétés. Le problème, c'est que la stratégie mise en oeuvre par le ministre des Finances pour remédier à ce qu'il considère comme une urgence nationale se heurte à plusieurs limites et incohérences.

Tout d'abord, le diagnostic. Le ministre de l'Economie amplifie la réalité et déforme la signification d'un phénomène difficile à mesurer. Aucune étude, aucune statistique ne permet aujourd'hui d'affirmer que l'économie française est menacée par un mouvement massif de délocalisations. « Il n'y a aucune preuve d'un processus généralisé de désindustrialisation », note la Commission européenne dans un récent rapport (1). La production industrielle y croit à un rythme soutenu depuis 1995. Une récente enquête de ses propres services, à Bercy, montre que les véritables délocalisations - qui impliquent la suppression d'une production et son transfert dans un pays tiers « à des fins de réimportation en France » - ne représenterait que 4 % de l'ensemble des investissements français à l'étranger. Les chiffres que vient de publier la Cnuced (2) indiquent que les huit pays d'Europe de l'Est entrés dans l'Union cette année, désignés comme boucs émissaires par Nicolas Sarkozy, ont enregistré l'an dernier une chute de 50 % des investissements étrangers, passés de 23 milliards de dollars à 11 milliards. La Cnuced ajoute que ces huit pays n'ont quasiment pas détourné les flux d'investissements de la Vieille Europe : il n'ont « reçu » l'an dernier que 4 % des flux dirigés vers les Quinze. Voilà pourquoi il est indispensable de resituer le phénomène dans sa globalité et de ne pas faire l'amalgame entre investissements à l'étranger et délocalisation. Sans nier la réalité des transferts de production, il faut constater qu'ils sont, d'un point de vue macro-économique, très limités. Enfin la France, qui se situe dans le tiercé de tête des bénéficiaires de l'investissement internationa,l attire infiniment plus les sociétés étrangères que la Pologne ou la République tchèque. Quand cette dernière reçoit 2,6 milliards de dollars de capitaux étrangers, la France en attire 47. Le rapport 2003 de l'Agence française des investissements internationaux indique que les projets de création d'emplois par des investisseurs étrangers ont progressé de 20 % l'an dernier, portés par 547 projets d'implantation (+ 25 %). Et que les activités de production sont majoritaires dans les prévisions d'installations et représentent plus de 60 % des emplois créés. C'est bien la preuve que l'attrait d'un pays, y compris dans le domaine industriel, n'a pas grand-chose à voir ni avec le seul niveau de ses salaires ni avec celui de l'impôt sur les sociétés.

Le phénomène de mutation industrielle n'est pas nouveau. « Il est aussi vieux que le monde industriel », expliquait récemment John Monks, le secrétaire général de la CES qui fédère la plupart des syndicats européens. On a du mal à croire que cet ancien syndicaliste britannique puisse être plus libéral que le ministre français des Finances. Quoi de plus normal dans un monde global que les entreprises cherchent en permanence les meilleures conditions d'accueil : niveau de formation, salaires, environnement social et technologique ou fiscalité ?

Là où le libéralisme de Nicolas Sarkozy est particulièrement pris à défaut, c'est quand il propose une idée plus démagogique que réaliste pour minimiser les risques de délocalisations vers les pays de l'Est : puisque ces pays attirent les investisseurs par la faiblesse de l'imposition des sociétés, assure-t-il, il faut exiger d'eux qu'ils relèvent ces taux (au niveau moyen de l'union européenne) et, s'ils refusent, leur interdire l'accès aux fonds structurels européens. Un lien qui n'a jamais été fait pour l'Irlande qui affiche le taux le plus bas d'Europe et reçoit encore un montant important de fonds structurels. Le fait que les nouveaux adhérents à l'Union soient 10 fois plus nombreux ne justifie en rien de modifier les règles du jeu de la solidarité européenne. En agissant ainsi, le ministre prend deux risques majeurs. En remettant en cause ce principe de solidarité européenne, il se met une nouvelle fois à dos les gouvernements des nouveaux adhérents qui ont déjà la nette impression - pas totalement injustifiée - d'être des pays membres de seconde zone de l'Union. Ce n'est pas très bon pour l'influence française dans cette Europe à Vingt-cinq où l'on entend déjà beaucoup dire qu'elle s'érode. Surtout, en désignant des coupables faciles, plutôt que de remettre en question ses propres faiblesses et d'essayer de s'adapter aux lois de la mondialisation en améliorant encore et toujours le niveau de formation, de recherche, de compétitivité de nos propres entreprises et de nos salariés, on accroît l'inquiétude des salariés. On leur donne à croire que la globalisation est d'abord une menace, et non une opportunité, et on décrédibilise l'Europe. Pourquoi ne pas expliquer qu'investir dans les pays de l'Est permet de maintenir dans l'Union des productions qui auraient sinon été transférées en Asie ? Et de garantir la compétitivité des secteurs en crise. Au lieu de quoi, l'Europe est une nouvelle fois présenté comme un repoussoir, la cause de tous nos maux. Si l'on veut que les citoyens aient une vision positive de l'Europe et qu'ils répondent présents lors des prochains référendums, il faut cesser de dénoncer nos nouveaux voisins comme les fossoyeurs de nos emplois.

CATHERINE CHATIGNOUX est journaliste au service International des « Echos ». cchatignoux@lesechos.fr

(1) Communication de la Commission européenne « Une politique industrielle pour l'Europe élargie ». Com (2004) 274. (2) Cnuced ; rapport sur les investissements internationaux 2003.

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